vendredi 30 décembre 2016

Pour la route

Prenons la bande d'asphalte qui s'ouvre vers l'horizon, débouchons la brume qui occulte la perspective et avançons vers l'inconnu à la découverte de nous-mêmes. J'aimerais vous dire que là-bas, pas si loin, finalement, s'élèvent de magnifiques panoramas, des vues dégagées jusqu'au plus lointain, au-delà de ce que nos sens sont capables d'appréhender.

J'aimerais que cette route, mal goudronnée, encadrée d'herbes folles et sauvages qui ondulent au vent, sinueuse mais familière, cette route qui nous est offerte parce que nous sommes allés à sa rencontre, qui nous indique que rien ne sert de trop attendre de ce qui survient après le virage, que cette route soit la nôtre.

J'aimerais surtout vous en souhaiter ici une bonne pour l'occasion puisque la vieille se termine, une tendre, une belle, une riche d'amour, une tonique, vous la souhaiter joyeuse et surtout parce que je sais qu'elle va être pénible, dure, âpre. Elle va nous obliger à batailler face au vent, à porter le ballon comme on porte des convictions, bien serré contre soi mais au chaud du pack.

jeudi 22 décembre 2016

Et froid donc

Fait froid dehors Et ce n'est pas parce qu'on va fermer la porte qu'il fera moins froid. Dehors. Moi, de toute façon, j'effroi à l'intérieur.

A Berlin le camion détruit vies et marché. Mais partout le marché détruit des vies. Les partants ne sont pas remplacés. Des pans de culture disparaissent.

Dehors personne n'ose plus sortir. S'ouvrir. Chacun s'enferme. Dans ses convictions. Devant sa cheminée mentale.

Au plus glaçant j'ouvre "Abattoir 5", bijou cruel et lucide. Cadeau de Noël avant l'heure. Après Berlin Dresde. Explosée. Kurt Vonnegut mixe L.F. Céline et J.K. Toole. Effroyablement éclatant.

Prévoyez quatre heures devant vous et voyagez sidéralement. "Abattoir 5" traite avec verve, maestria et dérision maint sujets qu'il découpe et colle : mort, temps, vie, amour, folie, violence, que sais-je encore...

Extrait : "J'ai fait comprendre à mes fils qu'il ne leur est, sous aucun prétexte, loisible de prendre part à des tueries et que la nouvelle de l'exécution d'ennemis ne saurait leur procurer ni satisfaction ni jubilation d'aucune sorte. Je leur ai imposé de ne pas travailler pour des maisons qui fabriquent les instruments d'extermination et de manifester leur mépris envers ceux qui estiment que nous avons besoin de tels engins."

Et puis, entre nous, un ouvrage dont l'auteur, qui se considère statue de sel, écrit qu'il "est raté", texte qui commence par : "C'est une histoire vraie, plus ou moins" et se termine par : "Cui-cui-cui ?", ne peut pas être tout à fait mauvais.

samedi 10 décembre 2016

Moment année ment

Chacun d'entre nous se pose la question de l'intérêt de son passage sur Terre, d'autant qu'elle se délite de jour en jour à mesure que nous jouons à la détruire sans nous soucier le moins du monde de ceux qui vont l'habiter après nous, de ce qui va surgir après nous. Chacun voudrait savoir ce qui va rester de son existence, modeste voire insignifiante, de cet être qui gesticule, opine et se gargarise sans savoir ni prévoir.

Qu'est-ce qu'exister, en somme ? Que signifie ce magnifique et terrible verbe : vivre ? Quelle est l'amplitude de cette flamme que nous animons ? D'où vient et où va l'essence de sa chaleur ? Et les questions de manquent pas dès lors que nous avons conscience de n'être rien qu'un petit grain de sable sur une berge devant laquelle passe un grand courant, des marées majuscules, et se multiplient les vagues. Que renouvelons-nous ? Que révélons-nous ?

A ces interrogations, légitimes, souvent fondues dans notre esprit au moment où la nuit enveloppe nos songes éveillés mais pas trop, la sagesse répond. Elle répond aux ami(e)s qui n'hésitent pas à s'approcher d'elle. Et s'ils sont nombreux, les philosophes, à s'être penchés sur cette question existentielle, j'avais envie de vous faire partager la réponse d'Arthur. Schopenhauer. Le pas marrant. Juste un peu plus que Kant, cela dit. Ce qui ne fait quand même pas beaucoup de rires.
 
"Celui qui, grâce à la puissance de ses souvenirs et de son imagination, est en état de se représenter le plus vivement le long passé de sa propre vie sera plus clairement conscient que les autres de l'identité du temps présent en tout temps." Par le moyen de la vocation philosophique, indique Schopenhauer, "on conçoit ce qui est le plus fugitif - le "maintenant" -, comme la seule chose durable. (...) Le présent a sa source en nous, et découle par conséquent du dedans et non du dehors."
 
Extrait du remarquable memento mori intitulé "Sur la doctrine de l'indestructibilité de notre être réel par la mort" qu'il est facile et décisif de se procurer dans la remarquable collection Mille et une nuits, n° 451. Après un mois d'ovale en novembre et d'élections en décembre, temps difficiles à savourer, secousses telluriques qui annoncent un glissement de terrain, se replonger dans le "Néant de la vie" est incontestablement vivifiant. La vraie notoriété car profondément assurée est toujours tardive.